Les besoins en fer de l’enfant de 0 à 3 ans

Le fer joue un rôle déterminant dans le bon fonctionnement de l’organisme. Bien qu’il soit présent dans de nombreux aliments, son absorption reste complexe. Voici quelques repères pour garantir un apport en fer adapté aux besoins quotidiens de votre enfant.

« Mange tes épinards, ils sont riches en fer ! ». Qui n’a jamais entendu cette recommandation, inspirée par les exploits de Popeye, laissant croire que ce légume serait la panacée pour combler ses besoins ? Sans remettre en cause ses qualités nutritionnelles, cette idée reçue mérite d’être nuancée.

Quel est le rôle du fer ?

Contrairement à la croyance populaire alimentée par l’image du héros musclé, le fer ne sert pas principalement à sculpter les biceps. Son utilité réside surtout dans la synthèse de l’hémoglobine, protéine indispensable au transport de l’oxygène, élément vital pour le développement des organes, en particulier le cerveau. De plus, un taux de fer optimal soutient le système immunitaire.

Il est donc crucial de consommer du fer régulièrement, car le corps ne peut pas le produire lui-même.

Apports conseillés : fer ingéré vs fer absorbé

Pour les enfants de 6 mois à 3 ans, les apports nutritionnels conseillés se situent entre 7 et 11 mg/jour.

Cependant, il faut garder à l’esprit que seule la quantité absorbée par l’organisme importe réellement, et celle-ci est souvent bien inférieure à la teneur totale des aliments.

On distingue deux catégories de fer :

  • Le fer héminique (viandes, volailles, abats, poissons) : son absorption est efficace (20 à 30 %).

  • Le fer non héminique (lait, végétaux, œufs) : son absorption est limitée (2 à 5 %). Consommer de la vitamine C favorise cependant son assimilation.

En tenant compte de cette faible biodisponibilité, la Société Française de Pédiatrie recommande des apports en fer absorbé de :

  • 0,2 mg/j de 0 à 6 mois ;

  • 1,1 mg/j de 7 à 12 mois ;

  • 0,7 mg/j de 1 à 3 ans.

« Concrètement, pour que l’enfant assimile 1 mg de fer, il faudrait lui proposer 100 g de bœuf, plus d’un kilo de lentilles ou 2 kilos d’épinards ! À titre d’exemple, si 100 g d’épinards affichent 2,4 mg de fer, l’organisme n’en retiendra que 0,05 mg », précise le Pr Patrick Tounian, co-auteur de l’ouvrage « Alimentation de l’enfant de 0 à 3 ans » (éditions Elsevier Masson). Puisqu’il est impossible de faire consommer de telles quantités à un tout-petit, d’autres stratégies existent.

Stratégies pour un apport en fer suffisant !

Si de nombreux aliments contiennent du fer, le fer d’origine animale, notamment le bœuf, est le mieux assimilé. « Avant 5 ans, un enfant a du mal à consommer 100 g de viande en un seul repas. La solution la plus efficace pour garantir un apport journalier optimal est de privilégier le lait 2ème âge, puis le lait de croissance jusqu’à 3 ans, et même au-delà si la consommation de viande est faible », préconise le pédiatre.

Les préparations infantiles, enrichies en fer hautement biodisponible, sont spécifiquement formulées pour combler ces besoins.

  • 0 à 6 mois : l’allaitement maternel exclusif ou le lait 1er âge suffisent.

  • 7 à 11 mois : les besoins augmentent fortement. Il est recommandé de proposer 700 ml de lait 2ème âge (environ 3 biberons) ainsi que 15 à 20 g de viande ou poisson par jour.

  • 1 à 3 ans : un apport de 300 ml de lait de croissance (soit 3 biberons) complété par 20 g de viande ou poisson quotidien est idéal. Le lait de croissance est recommandé jusqu’à ce que l’enfant atteigne une consommation de 100 à 150 g de produits carnés par jour.

En cas de refus du lait de croissance, augmentez la fréquence de la viande à deux fois par jour. « Le risque lié à un excès de protéines est marginal. À l’inverse, la carence en fer est une réalité clinique fréquente et préoccupante. Il est donc prioritaire de prévenir cette carence », souligne le Pr Tounian.

Notons que le fer contenu dans le lait maternel est très bien assimilé (50 %), protégeant ainsi les enfants allaités contre la carence. Les mères allaitantes, surtout les végétariennes, doivent veiller à un apport suffisant et peuvent parfois recourir à une supplémentation en fer.

Les prématurés constituent une population à risque particulier en raison de leurs faibles réserves initiales, des prélèvements fréquents ou d’un état de santé fragile.

Conséquences des carences en fer !

Si le surdosage est rarissime avec une alimentation équilibrée, le sous-dosage est fréquent lorsque la consommation de viande est limitée ou en l’absence de lait de croissance. « Environ 10 à 20 % des enfants présentent une carence après un an », note le Pr Tounian.

L’anémie est la complication majeure, se manifestant par une fatigue persistante et des troubles de la concentration.

D’autres signes peuvent alerter les parents : asthénie, infections à répétition, changements de comportement ou difficultés scolaires. Ces manifestations, variables selon l’état de santé global, doivent toujours faire l’objet d’un examen médical.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *